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Réflexe pavlovien et réélection du bon maître !

4 mai 2022 - Temps de lecture: 5 minutes

Voilà un peu plus d'une semaine, M. Macron était réélu pour cinq ans à la présidence de la République française avec 58,54% des votes exprimés contre 41,46% pour Mme Le Pen. Au terme d'une campagne où le candidat Macron a joué les absents, refusant de débattre et de rendre compte de son bilan, pour laisser toute sa place au président Macron, fort de sa stature de président de l'Europe et de valeur refuge dans un monde instable, la Macronie pouvait se réjouir d'un deuxième tour tant espéré face à Mme Le Pen. Il suffisait alors d'activer dans la population le bon vieux réflexe pavlovien de défense de la République devant le péril fasciste pour l'emporter.

Nous avons en effet constaté entre les deux tours l'efficacité de la surenchère médiatique des gardiens du temple de la bien-pensance, se déchaînant d'un commun accord pour jeter l'efficace opprobre sur la malfaisante ennemie de la République. Et pour ne pas se couvrir des salissures de la collaboration avec le mal absolu, même les victimes du président candidat, les éborgnés, les sans-droits, les exclus pour désobéissance, se sont dressés pour reconduire leur maître, suivant d'une foulée quasi unanime les soi-disant leaders insoumis de gauche ou de droite qui battaient le rappel. Une affreuse mascarade grinçante s'est dressée pour repousser une candidate bien plus proche des revendications sociales du peuple que le programme du candidat-président, ramassis de belles paroles pondues par des communicants grassement payés, n'ouvrant que sur le vide abyssal d'un projet méprisant les intérêts des "gens qui ne sont rien", tout en étant la majorité des Français. Il a suffi de reprocher à Marine Le Pen d'être la fille de M. Le Pen, de vouloir soumettre à référendum des propositions sur les questions de nationalité et d'immigration et d'exiger une application plus stricte de la loi sur la reconduite à la frontière des immigrés et délinquants en situation irrégulière, pour lui tailler le costume d'extrême droite fascisante qui déclencherait chez le peuple bien endoctriné le réflexe requis. Je le redis ici encore une fois : entre deux maux, il ne reste malheureusement qu'à choisir le moindre, et je persiste à penser qu'il aurait été plus facile de contrôler et de combattre le pouvoir fragile de Marine Le Pen que celui de Macron, adossé à toutes les puissances politiques et financières du moment, résolu à mettre en place l'agenda liberticide du Forum de Davos.

Je tiens à rappeler que M. Giscard d'Estaing, un des plus actifs partisans de la construction européenne, promoteur d'une Europe fédérale, déclarait le 21 septembre 1991 au Figaro Magazine : "Ce déplacement dans l’origine des immigrés exprime une modification de la nature socio-économique de l’immigration. Bien que dans cette matière sensible il faille manipuler les mots avec précaution, en raison de la charge émotionnelle ou historique qu’ils portent, ce type de problème actuel auquel nous aurons à faire face se déplace de celui de l’immigration (« arrivée d’étrangers désireux de s’installer dans le pays ») vers celui de l’invasion (« action d’entrer, de se répandre soudainement « selon la définition donnée par Littré)." Il recommandait à cette occasion de «revenir à la conception traditionnelle de l'acquisition de la nationalité française: celle du droit du sang, comme le modèle allemand». Et il proposait déjà de soumettre cela à référendum ! Je n'ai rien vu d'autre chez Marine Le Pen et si ces propos de Giscard d'Estaing avaient à l'époque suscité un vif débat dans la classe politique française, nul ne se serait permis de l'accuser d'être d'extrême droite... Mais depuis, au jeu d'échecs de la politique, la défense Chirac Le Pen 2002 est devenue un coup de maître indispensable en cas de danger de mat.

Pour autant la fête des macronistes pourrait ne pas durer bien longtemps. Dés le soir de sa réélection M. Macron, tandis qu'il paradait sur le Champ de Mars au son de l'hymne européen, beau symbole de la dissolution de la France au profit d'une Europe atlantiste qui se prépare à la guerre, s'est empressé d'envoyer ses forces de l'ordre, dotées du "monopole légitime de la violence", réprimer les déçus d'un grand soir qui s'était absenté... Il est vrai que derrière la beauté apparente du résultat, si on regarde les votes par rapport aux inscrits, se cache une réalité différente, 43,63 % pour Macron, 22,38% pour Le Pen et l'abstention plus les votes blancs ou nuls s'élevant à 34%. Toujours par rapport aux inscrits, les scores du premier tour donnent 20,1% pour Macron, 16,7% pour Le Pen, 15,8% pour Mélenchon et 26,3% d'abstention. Il n'est donc pas impossible qu'avec de tels scores, les législatives de juin ne deviennent le troisième tour des perdants et nous réservent quelques surprises, les alliances pour les postes battant grand train, à gauche comme à droite, les ultimes appétits électoraux promettant quelques compromis étrangement introuvables jusqu'ici.

Peut-être allons nous, à l'occasion de ces ententes cordiales opportunes, sortir enfin du train-train des insultes et des réflexes binaires qui ont émaillé cette campagne présidentielle dans les médias et sur les réseaux sociaux ! Ces réactions ont été plus souvent proches de celles de chimpanzés en colère que d'êtres humains capables de pensée et de dialogue. Réfléchir à la complexité de la situation du pays, pratiquer un peu de rigueur intellectuelle et historique en se défiant de la fabrique du consentement largement à l'oeuvre dans les médias, exiger la vérité sur les dérives autoritaires et mafieuses du pouvoir macronien et proposer une stratégie de sauvegarde face à ses dangers, m'a valu moult insultes et invectives, et je suis devenu à mon tour le fascho de service ! l'évaluation de la pensée d'un individu se résumant aujourd'hui aux 280 signes d'un tweet ! Je crois n'avoir jamais ressenti aussi amèrement le recul d'intelligence de mon pays et l'exacerbation des haines et des ruptures entre ses habitants. Il m'a fallu une semaine de silence pour retrouver le goût de m'exprimer sur les réalités de cette période électorale.

@ Jérôme Nathanaël - 3 mai 2022

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