Cover Image

Yom haShoah

28 avril 2022 - Temps de lecture: 3 minutes

Une journée à la mémoire des victimes de la Shoah

Chaque année, en Israël et partout dans le monde, un hommage est rendu lors de Yom HaShoah aux 6 millions de Juifs morts durant la Seconde Guerre mondiale, victimes des nazis et de leurs collaborateurs.

En France, 76 000 Juifs – dont 11 400 enfants – ont été déportés vers les camps de la mort. Seuls 2 600 d’entre eux survécurent.

Voici un poème de Benjamin Fondane qui fut déporté depuis Drancy dans le convoi n° 75 du 30 mai 1944 et qui est mort à Auschwitz-Birkenau le 2 octobre 1944 à l'age de 46 ans.
Juif d'origine roumaine, il vécut à Paris de 1924 à 1944. Poète, philosophe, essayiste, dramaturge et cinéaste, il est l'auteur d'une oeuvre considérable, marquée par trois cultures : roumaine, juive et française.

"C’est à vous que je parle, homme des antipodes,
je parle d’homme à homme
avec le peu en moi qui demeure de l’homme,
avec le peu de voix qui me reste au gosier ;
mon sang est sur les routes, puisse-t-il, puisse-t-il,
ne pas crier vengeance.

Un jour viendra, c’est sûr, de la soif apaisée,
nous serons au-delĂ  du souvenir, la mort
aura parachevé les travaux de la haine,
je serai un bouquet d’orties sous vos pieds ;
alors, eh bien, sachez que j’avais un visage
comme vous, une bouche qui priait comme vous.

Quand une poussière entrait, ou bien un songe,
dans l’œil, cet œil pleurait un peu de sel. Et quand
une Ă©pine mauvaise Ă©gratignait ma peau
il y coulait un sang aussi rouge que le vĂ´tre !
Certes, tout comme vous j’étais cruel, j’avais
soif de tendresse, de puissance,
d’or, de plaisir et de douleur.
Tout comme vous, j’étais méchant et angoissé,
solide dans la paix, ivre dans la victoire
et titubant, hagard, à l’heure de l’échec...

Et pourtant, non ! je n’étais pas un homme comme vous.
Vous n’êtes pas nés sur les routes,
personne n’a jeté à l’égout vos petits
comme des chats encore sans yeux,
vous n’avez pas erré de cité en cité
traqués par les polices,
vous n’avez pas connu les désastres à l’aube,
les wagons Ă  bestiaux
et le sanglot amer de l’humiliation,
accusé d’un délit que vous n’avez pas fait,
du crime d’exister,
changeant de nom et de visage
pour ne pas emporter un nom qu’on a hué,
un visage qui avait servi Ă  tout le monde
de crachoir !

Un jour viendra sans doute, quand le poème lu
se trouvera devant vos yeux. Il ne demande
rien ! Oubliez-le, oubliez-le ! Ce n’est
qu’un cri, qu’on ne peut pas mettre dans un poème
parfait, avais-je donc le temps de le finir ?
Mais quand vous foulerez ce bouquet d’orties
qui avait été moi, dans un autre siècle,
en une histoire qui vous semblera périmée,
souvenez-vous seulement que j’étais innocent
et que, tout comme vous, mortels de ce jour-lĂ ,
j’avais eu, moi aussi, un visage marqué
par la colère, par la pitié et la joie,

un visage d’homme, tout simplement."

Benjamin Fondane, extrait du livre Le Mal des FantĂ´mes.

© Jérôme Nathanaël - 28 avril 2022

Il n'y a actuellement aucun commentaire, alors soyez le premier !

Tags

YomHaShoah juif déportation