đŸ”¶ JĂ©rĂŽme NathanaĂ«l đŸ”¶

Musicien, chercheur spirituel, libertaire non-violent. "Veilleur, oĂč en est la nuit ? - La VĂ©ritĂ©, c'est que le monde doit changer ! - Soit le changement que tu veux voir dans le monde !"

[Podcast] Covid 19 : la débùcle d'un modÚle de société et l'urgence d'un nouvel horizon

J'étais jeudi 6 mai 2021 à 21h30 l'invité de "Partage de Savoirs", un direct vidéo sur Facebook animé par Julie et Leelou sur le média indépendant "ColÚres des rues 2.0". Cette émission n'étant plus disponible sur Facebook, je viens d'en mettre en ligne la version audio sur ma chaßne de podcasts "Sonner l'alarme". J'ai choisi de ne proposer que la version audio car l'image était globalement de mauvaise qualité.

Ce fut l'occasion de parler de la crise Covid 19 dont le traitement sanitaire, politique et médiatique nous fait entrevoir l'effondrement prochain du modÚle de société pyramidale et consumériste qui préside aux destinées humaines depuis la révolution industrielle.

J'ai essayé également d'expliquer que tous les pouvoirs qui restreignent nos libertés d'entreprendre et de développer une autre direction de civilisation plus spirituelle et compatible avec le développement humain trouvent leur origine dans le besoin de juguler par l'extérieur la violence et la cupidité des hommes.

Alors que le bonheur et la liberté ne sont réellement possibles que si l'homme se réforme et entreprend de libérer tous ses potentiels d'amour et de sublimité. En développant des modes de relation basés sur la coopération, la synergie des talents et non sur la concurrence et la prédation, nous apprendrons à organiser nos sociétés et à y apporter la paix par une discipline intérieure et non par la sujétion à des dominations censées nous protéger et assurer notre confort.

21 mai 2021 - © JérÎme Nathanaël - publié sur ma chaßne podcasts "Sonner l'alarme".

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[Vidéo] Pourquoi le Déluge à l'époque de Noah ? Et aujourd'hui ?

A l'époque de Noah, les humains n'étaient plus que "chair", la violence régnait et D.ieu a fait le Déluge pour "réinitialiser" la terre... Quel enseignement pour aujourd'hui et notre époque ?

Petit cours biblique filmé avec à la volée le 09 février 2017 à l'occasion d'un brunch partagé pour la fin du premier mois aprÚs le décÚs de ma mÚre, dont je parle un peu avant de commencer ce commentaire de l'épisode du Déluge.

09 février 2017 - © JérÎme Nathanaël - publié sur ma chaßne vidéo "Le Spirituel Demain"

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[Vidéo] "Si je ne suis pas pour moi, qui sera pour moi ?"

"Si je ne suis pas pour moi, qui sera pour moi ?" dit Hillel, ce sage juif du premier siĂšcle.
Mais qu'entend-il par là ? Est-ce une invitation à l'individualisme ou plutÎt à s'occuper du développement de notre "je suis" spirituel ?

Tel est le sujet de ce commentaire de la mishna 14 des Pirké Avot, les Maximes des PÚres, sorte de condensé de spiritualité juive.

Cette vidéo a été réalisée en avril 2020, au début du confinement, à l'occasion du dixiÚme anniversaire du décÚs de mon pÚre. Les moyens techniques sont limités, un simple téléphone portable dans des conditions de lumiÚre ingérable. Pardonnez donc la qualité trÚs moyenne de l'image.

Cette vidéo est la premiÚre publiée sur ma nouvelle chaßne vidéo Le Spirituel Demain sur l'instance PeerTube https://peertube.stream .

02 avril 2020 - © JérÎme Nathanaël - publié sur ma chaßne vidéo "Le Spirituel Demain"

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Féminin sacré

Il fut un temps oĂč le ciel Ă©tait rempli de dĂ©esses fĂ©minines qui veillaient sur les vies des humains.

La prĂ©historienne amĂ©ricaine Marija Gimbutas (1921-1994), spĂ©cialiste de l’Europe prĂ©historique, dĂ©fend cette thĂšse dans un de ses ouvrages majeurs, « Le langage de la dĂ©esse », paru en 1989, ouvrage qui lui valut une renommĂ©e mondiale posthume. Conclusion de quinze annĂ©es de fouilles archĂ©ologiques de grande ampleur sur les sites nĂ©olithiques du sud-est de l’Europe mĂ©diterranĂ©enne, elle y rĂ©vĂšle l’existence d’une civilisation prĂ©-indo-europĂ©enne, la « culture prĂ©historique de la dĂ©esse », qui aurait commencĂ© au PalĂ©olithique et perdurĂ© plus de 25 000 ans.

La sociĂ©tĂ© europĂ©enne primitive aurait Ă©tĂ© de type matriarcal, articulĂ©e autour du culte d’une dĂ©esse mĂšre, avant d’ĂȘtre supplantĂ©e par la culture patriarcale de l’ñge du bronze. Selon l’interprĂ©tation de cette archĂ©ologue, les sociĂ©tĂ©s matriarcales Ă©taient pacifiques et favorisaient la mise en commun des biens. Ce seraient les kourganes, des tribus guerriĂšres issues des steppes du nord de la Mer Caspienne, fortement hiĂ©rarchisĂ©es, ayant domestiquĂ© le chien, le porc, le bƓuf, le mouton et la chĂšvre, mais aussi le cheval, qui, en migrant vers l’Europe et en s’y sĂ©dentarisant, auraient imposĂ© aux populations indigĂšnes leur systĂšme patriarcal.

Quoique qu’il en soit, au IIIĂšme millĂ©naire avant J.-C., la dĂ©esse sumĂ©rienne Inanna reste encore, mĂȘme flanquĂ©e d’un partenaire mĂąle, la force dominante en tant que source de vie et de fĂ©conditĂ© des sols et c’est seulement en GrĂšce, Ă  partir du IIĂšme millĂ©naire avant J.-C., que les dĂ©esses sont supplantĂ©es par leurs Ă©poux ou leurs pĂšres.

Le passage progressif d’un panthĂ©on fĂ©minin de dĂ©esses fĂ©condes, Ă  un panthĂ©on de dieux guerriers et puissants, semble donc liĂ© Ă  la transformation de sociĂ©tĂ©s pacifiques de type chasseur-cueilleur nomade en des sociĂ©tĂ©s hiĂ©rarchisĂ©es d’agriculteurs et d’éleveurs, dĂ©fendant par les armes l’étendue de leurs cultures et troupeaux.
Au temps des mĂšres qui enfantent et assurent la survie de la tribu, les hommes d’alors n’en comprenant sans doute pas le mystĂšre, succĂšde peu Ă  peu le temps des hommes conquĂ©rants, dont la maĂźtrise de l’élevage indique qu’ils ont intĂ©grĂ© les lois de la reproduction, et qui vont dĂ©sormais s’employer Ă  s’organiser sous la direction d’hommes forts, pour grandir leurs territoires et assujettir la terre.

MĂȘme si les dieux masculins prĂ©dominent dans les religions polythĂ©istes, il est remarquable que, dans le livre de l’Exode qui retrace la rĂ©vĂ©lation mosaĂŻque, premier monothĂ©isme, et la libĂ©ration du peuple hĂ©breu de l’esclavage Ă©gyptien, lorsque MoĂŻse s’adresse Ă  D.ieu en lui disant : « J’irai trouver les fils d’IsraĂ«l, mais ils vont me demander quel est Ton nom », D.ieu lui rĂ©pond Ă  peu prĂšs ceci, l’hĂ©breu Ă©tant ici quasi intraduisible : « Je suis qui je suis » et ce Je en hĂ©breu n’est ni masculin ni fĂ©minin.

De mĂȘme le TĂ©tragramme Ś™Ś”Ś•Ś”, nom de D.ieu qui apparaĂźt pour la premiĂšre fois dans Bereshit, GenĂšse 2,4, Ă  la fin du rĂ©cit de la crĂ©ation et d’Adam, avant qu’il ne soit parlĂ© du jardin d’Eden et d’Eve, est un nom sans genre, que nul ne sait aujourd’hui prononcer, et qui est remplacĂ© dans la lecture par AdonaĂŻ, mais rendu en français par Seigneur, de genre masculin.

On peut souvent lire hors du judaĂŻsme, que la Torah, Ă  quelques diffĂ©rences prĂȘt l’Ancien Testament des chrĂ©tiens, est un livre qui rĂ©sonne du grondement d’un D.ieu terrible, punisseur et vengeur, qui fait plus penser au pouvoir masculin qu’à la tendresse maternelle. C’est sans connaĂźtre que ce Nom mystĂ©rieux, qui n’était prononcĂ© qu’une fois l’an par le Grand PrĂȘtre dans le secret du temple le jour de Kippour, jour du Pardon, est associĂ© au áž„esed, c’est-Ă -dire Ă  l’amour de Dieu pour Son peuple, et qu’Il est celui dont Il se revĂȘt quand Il rĂ©alise des miracles.

Dans les quatre Évangiles, livres qui sont les fondations sur lesquelles ont Ă©tĂ© Ă©laborĂ©es les diffĂ©rentes thĂ©ologies chrĂ©tiennes, JĂ©sus, le Yehoshua hĂ©breu, se caractĂ©rise surtout par son amour inconditionnel Ă  l’égard des hĂ©breux de son temps, qu’il venait libĂ©rer des contraintes excessives et froides de la « religion » officielle et de ses rites, tout en relançant l’appel Ă  changer le monde en pratiquant amour, justice et pardon.

Cependant la dimension rĂ©confortante et maternelle de D.ieu, sa dimension fĂ©minine pourrait-on dire, s’est progressivement voilĂ© derriĂšre le genre masculin qu’est devenu la reprĂ©sentation anthropomorphe de D.ieu, dans la culture religieuse chrĂ©tienne et ses images. Dieu Ă©tant masculin, cela a donnĂ© la prĂ©Ă©minence Ă  l’homme, a permis de ne faire qu’une lecture superficielle et culpabilisatrice du pĂ©chĂ© originel, dont la responsabilitĂ© a Ă©tĂ© attribuĂ©e Ă  la femme, la dĂ©gradant dĂ©finitivement de tous droits et lui valant de devoir obĂ©ir Ă  son mari en toutes circonstances.

La disparition de la face maternante de Dieu dans le christianisme est sans doute la raison qui a provoqué la mise en avant de Marie et le développement du culte marial, qui répondait au besoin de réconfort du peuple, sans pour autant rendre aux femmes leurs mérites, seule Marie étant pure, car réputée vierge et sans faute aucune.
JĂ©sus, devenu D.ieu sauveur, deuxiĂšme personne de la TrinitĂ©, aimĂ© de sa mĂšre Marie qui le pleure au pied de la croix, la fait tout naturellement voix d’intercession auprĂšs de D.ieu, auquel elle apporte les suppliques des pĂ©cheurs. De plus, Marie venait remplir un rĂŽle laissĂ© vide par la dĂ©faite des divinitĂ©s fĂ©minines, comme Isis et CybĂšle.

Ce fut d’ailleurs la cause de grandes disputes au troisiĂšme concile du christianisme naissant, le concile d’ÉphĂšse en 430, qui fixa dĂ©finitivement le dogme de l’union hypostatique des deux natures, humaine et divine, de JĂ©sus, le Christ, et dont la consĂ©quence fut d’asseoir Marie, MĂšre de Dieu, sur un trĂŽne qui ressemble Ă©tonnamment Ă  celui de CybĂšle, la MĂšre des dieux. Nestorius, patriarche de Constantinople, qui y voyait le danger d’une divinisation de Marie, souhaitait qu’on appelĂąt Marie Christotokos, « mĂšre du Christ », plutĂŽt que Theotokos, « mĂšre de Dieu ». Le concile finit par jeter l’anathĂšme sur Nestorius et ses partisans qui furent dĂ©clarĂ©s hĂ©rĂ©tiques.

Dans le catholicisme, qui reconnaĂźt officiellement dix-huit apparitions de Marie, le culte marial s’est Ă©normĂ©ment dĂ©veloppĂ©, de nombreux ordres, confrĂ©ries ou citĂ©s devenant « fils de Marie » comme notamment les Cisterciens, alors que les apparitions publiques de la Vierge Marie sont rares chez les orthodoxes, qui ont cependant une grande vĂ©nĂ©ration pour elle, mais n’ont pas adoptĂ© le dogme de l’ImmaculĂ©e Conception.

Le culte marial a Ă©tĂ© l’occasion depuis le Moyen Âge d’un foisonnement de reprĂ©sentations peintes ou sculptĂ©es qui traverse les styles, les rĂ©gions et les Ă©poques. Citons parmi des milliers d’autres, les premiĂšres peintures des catacombes au IIĂšme siĂšcle, la Vierge Marie tout humaine, mais tellement rayonnante, du Greco en 1585, conservĂ©e au musĂ©e de Strasbourg, jusqu’aux Ɠuvres du XXĂšme siĂšcle, telle la Notre-Dame de Liesse du sculpteur Jacob Lipchitz Ă  l’Église Notre-Dame de Toute GrĂące sur le plateau d’Assy ou la Madone de Portlligat de Salvador Dali, conservĂ©e au musĂ©e de Fukuoka au Japon.

Catacombe de Priscille, Rome, IIĂšme siĂšcle Vierge Marie, Le Greco, 1585
Notre-Dame de Liesse, Jacob Lipchitz, 1946 Madone de Portlligat, Salvador Dali, 1950

Mais, dans toutes ces Ɠuvres, j’ai toujours eu une affection particuliùre pour les icînes orthodoxes russes.
Parmi elles, l’icĂŽne dite de Notre-Dame de Vladimir, ou VladimirskaĂŻa ou ThĂ©otokos de Vladimir, la « MĂšre de Dieu » de Vladimir, occupe une place spĂ©ciale dans ma mĂ©ditation, comme dans le cƓur du peuple russe, qui la considĂšre comme miraculeuse, censĂ©e avoir protĂ©gĂ© Moscou contre l’invasion de Tamerlan en 1395. Elle a son jour de fĂȘte, le 3 juin, et on y raconte qu’en dĂ©cembre 1941, les Allemands approchant de Moscou, Staline aurait ordonnĂ© que l’icĂŽne soit mise dans un avion qui fĂźt le tour de la capitale assiĂ©gĂ©e. L’armĂ©e allemande commença Ă  se retirer quelques jours aprĂšs


Cette icĂŽne du XIIĂšme siĂšcle, tempera sur bois d’un mĂštre sur 70 cm, prĂ©cieusement conservĂ©e Ă  Moscou, aurait Ă©tĂ© rĂ©alisĂ©e par le peintre GrĂ©goire en utilisant le calque inversĂ© (copie spĂ©culaire) de l’icĂŽne de la Vierge, peinte par l’évangĂ©liste Saint-Luc.

Notre Dame de Vladimir, Russie, XIIĂšme siĂšcle
Notre Dame de Vladimir, Russie, XIIĂšme siĂšcle.

C’est une icĂŽne dite de type « Ă©lĂ©ousa » (en grec ancien Î­Î»Î”ÎżÏ‚/Ă©lĂ©os : compassion et pitiĂ©), type qui souligne le caractĂšre maternel de la Vierge. Sa puissance Ă©vocatrice tient Ă  une conjonction exceptionnelle d’émotions humaines et de majestĂ© religieuse. Le regard profond de la Vierge, alliant prĂ©sence Ă©motionnelle et forte intĂ©rioritĂ©, semble interroger l’observateur. Sa tunique, dĂ©corĂ©e d’étoiles et bordĂ©e d’un galon prĂ©cieux, conjugue sobriĂ©tĂ© et Ă©lĂ©gance. Le vĂȘtement tissĂ© de fils d’or de l’Enfant JĂ©sus suggĂšre la majestĂ© divine, bien que sa gestuelle soit tout enfantine. Les deux visages se touchent tendrement. Il Ă©mane de l’ensemble douceur et sĂ©rĂ©nitĂ©, dans un Ă©quilibre d’une grande harmonie, que renforce le contraste entre les couleurs dorĂ©es et le noir de l'habit de Marie.

Je pourrais rester longtemps en mĂ©ditation devant cette icĂŽne que je trouve extrĂȘmement apaisante. J'imagine combien de telles icĂŽnes ont pu renforcer l’identification des hommes Ă  l’Enfant JĂ©sus, noble et fragile, accueilli dans les bras de sa MĂšre comme dans un refuge. Nous avons bien lĂ  le pressentiment, l’évocation de l’aspect maternel du divin qui s’était absentĂ© de l’imaginaire religieux avant l’émergence du culte marial.

La puissance de l’image maternelle est d’ailleurs telle que les bouddhistes du mahayana, dit bouddhisme du grand vĂ©hicule, prĂ©sent en Asie de l’Est, Chine, Vietnam, CorĂ©e et Japon, l’invoquent dans la pratique de la mĂ©ditation tonglen. Cette branche, connue en Occident sous le nom de bouddhisme tibĂ©tain, est marquĂ©e par l’ouverture du cƓur et la compassion.

Devenir un bodhisattva, un ĂȘtre Ă©veillĂ©, moine ou laĂŻc, s’est faire le vƓu de rester dans le monde pour aider tous les ĂȘtres vivants Ă  se dĂ©livrer de la souffrance. L’Éveil parfait et complet vise Ă  recevoir la bouddhĂ©itĂ© pour s’illuminer afin d’encourager les autres Ă  atteindre cet Ă©tat. Et cela est accessible Ă  tous : tout individu porte en lui la nature du Bouddha. Dans cette vision, l’amour et la bienveillance sont donc jugĂ©s aussi importants que la sagesse ou la comprĂ©hension profonde.

La pratique de la mĂ©ditation tonglen, rĂ©sumĂ©e d’une maniĂšre extrĂȘmement simplifiĂ©e, consiste prĂ©cisĂ©ment Ă  inspirer la douleur de la personne que l’on souhaite soulager et Ă  expirer ce que l’on souhaite lui envoyer – la joie, l’apaisement, le bonheur
 Pour en faciliter la dĂ©couverte et favoriser l’ouverture du cƓur, les enseignants demandent aux dĂ©butants d’imaginer l’amour d’une mĂšre, qui prendrait la peine de ses enfants sur elle et leur donnerait toute son affection, tant est grand le besoin d’une figure fĂ©minine et maternelle pour susciter compassion et abnĂ©gation.

Cette approche va Ă  contre-courant de notre habitude – et rĂ©flexe – Ă  se protĂ©ger et Ă  fuir notre souffrance comme celle des autres. C’est une pratique de compassion envers soi et envers les autres. Cette mĂ©ditation s’applique dĂ©jĂ  Ă  soi-mĂȘme, puis Ă  notre entourage, puis progressivement elle pourra s’élargir Ă  l’ensemble des vivants, y compris Ă  nos ennemis et aux personnes que nous n’aimons pas


Peut-ĂȘtre est-ce en cela, ce recours Ă  l’image de la mĂšre aimante, qu’il est possible de sentir le rĂŽle de ce que les chrĂ©tiens appellent l’intercession de Marie. Marie qui porta le Fils, -- Dieu fait homme ou homme fait Dieu ? Ă  la fois humaine et mĂšre de Dieu, permet aux deux dimensions de s’interpĂ©nĂ©trer. Les priĂšres dĂ©posĂ©es devant elle entrent, de façon quasi tactile, en relation avec un monde divin fĂ©minin, qui inspire plus facilement la consolation que la violence coutumiĂšre des hommes.

Aujourd’hui oĂč se dĂ©veloppe Ă  nouveau l’idĂ©e du fĂ©minin sacrĂ©, Ă  travers publications, stages, rencontres, peut-ĂȘtre l’heure est-elle venue de redĂ©couvrir la composante maternante de D.ieu, celui que, dans sa belle traduction de la Bible, AndrĂ© Charouqui, traducteur de la Bible et du Coran, nomme le Matriciant. Ainsi pour IsaĂŻe 14, 1 : « Oui, IHVH-AdonaĂŻ matriciera Ia‘acob, il choisira encore IsraĂ«l. » La racine hĂ©braĂŻque ra'ham (H7355 dans le lexique de Strong), signifie aimer profondĂ©ment. Comment mieux en rendre la force qu’en lui associant l’image de la matrice, dans laquelle la mĂšre accueille l’enfant ? N’est-ce pas lĂ  l’image du plus dĂ©vouĂ© amour, celui que cherche Ă  incarner tous les hommes de bien, Ă  l’image celui de Marie pour JĂ©sus, reflet miroir de l’Amour de D.ieu pour son peuple ?

Puissions-nous, nous aussi, inspirĂ©s par ces exemples, avoir de la compassion et de l’amour pour tous les vivants, et hĂąter l’heure oĂč ce monde sera Ă  nouveau un Gan Eden, un Jardin des DĂ©lices, pour tous !

18 août 2021 - © JérÎme Nathanaël - Extrait de "Le silence des heures"

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Equanimité

ÉquanimitĂ©, voilĂ  le mot qui traversa mon esprit quand, dans la cour de l’hĂŽtellerie, j’échangeais tout Ă  l’heure quelques propos avec un retraitant qui soulignait, qu’en plus de l’épidĂ©mie, la « mĂ©tĂ©o » avait Ă©tĂ© cette annĂ©e particuliĂšrement maussade et que cela faisait vraiment beaucoup de choses Ă  « digĂ©rer ».

-- ÉquanimitĂ©, du latin aequanimitas, Ă©galitĂ© d’ñme, facultĂ© intĂ©rieure Ă  rester d’humeur Ă©gale quelles que sont les circonstances.

Je me suis alors souvenu de mon expĂ©rience, en revenant rĂ©sider prĂšs de Paris en septembre dernier, accueilli par trois semaines trĂšs pluvieuses qui m’ont semblĂ© si froides aprĂšs presque trois ans et demi de soleil Ă  Marseille. Combien l’équanimitĂ© m’a paru lointaine Ă  atteindre et combien je me suis senti fragile face aux simples Ă©vĂ©nements climatiques ! Il m’a fallu « lĂącher prise », tourner mon attention vers la vie intĂ©rieure et le travail, pour desserrer l’emprise dĂ©primante de la grisaille, puis du confinement et de la solitude qui ont suivi en octobre.

J’avais alors beaucoup rĂ©flĂ©chi Ă  cette notion, qui apparaĂźt dans la GrĂšce antique avec DĂ©mocrite, 400 ans avant l’ùre chrĂ©tienne, sous le nom d’ataraxie, du grec áŒ€Ï„Î±ÏÎ±ÎŸÎŻÎ±, absence de troubles, et exprime la tranquillitĂ© de l’ñme. Elle devient ensuite, chez les stoĂŻciens et les Ă©picuriens, le principe du bonheur, eudaimonia, du grec ΔᜐΎαÎčÎŒÎżÎœÎŻÎ±, bĂ©atitude. Atteindre cet Ă©tat de profonde quiĂ©tude dĂ©pendait aussi de l’absence de douleur physique et d’exercices corporels adaptĂ©s, ce qui le rĂ©servait bien sĂ»r Ă  une classe d’individus privilĂ©giĂ©s et en privait dĂ©finitivement serviteurs et esclaves..

Le bouddhisme accorde un sens plus large Ă  cette idĂ©e. Dans le bouddhisme theravada, rĂ©putĂ© le plus proche de l’enseignement initial du Bouddha, le mot pāli upekkhā, traduit habituellement par Ă©quanimitĂ©, dĂ©signe cette qualitĂ© comme une des « quatre demeures divines » ou brahma vihara, demeure de Brahma, fondement des trois autres et base de la pratique de l’attention dans la mĂ©ditation et la vie quotidienne. Ces quatre demeures sont en fait quatre sentiments aimants spiritualisĂ©s, qui se concrĂ©tisent dans les attitudes et comportements sociaux et qui mĂšnent Ă  l’Éveil ultime.

L’upekkhā ou Ă©quanimitĂ©, s’accompagnant traditionnellement du « souhait que les ĂȘtres demeurent dans la grande Ă©quanimitĂ© libre de partialitĂ©, d’attachement et d’aversion », est donc la fondation sur laquelle dĂ©velopper ensuite :

  • mettā, la bienveillance, le « souhait que les ĂȘtres trouvent le bonheur et les causes du bonheur »,
  • karunā, la compassion, le « souhait que les ĂȘtres soient libĂ©rĂ©s de la souffrance et des causes de la souffrance », et
  • muditā, la joie sympathisante, le « souhait que les ĂȘtres trouvent la joie exempte de souffrance ».

Être Ă©quanime pour le bouddhiste, c’est donc accepter, accueillir ou « ĂȘtre avec » tout ce qui peut arriver, de maniĂšre impartiale, sans prĂ©fĂ©rence, et cela suppose aussi d’accueillir chacun de façon Ă©gale, sans prĂ©fĂ©rence ni restriction.
Par ailleurs l’individu Ă©tant considĂ©rĂ© responsable de sa situation, qui est simplement la consĂ©quence des actes de sa vie prĂ©sente et de ses vies antĂ©rieures, -- le bouddhisme professant la rĂ©incarnation, et capable par lui-mĂȘme de changer son destin, il ne s’agit jamais de se poser Ă  son Ă©gard en juge ou en sauveur, mais d’ĂȘtre Ă  ses cĂŽtĂ©s avec bienveillance, de lui accorder de la compassion pour ses peines et de lui faire partager la joie, ces mĂȘmes bienveillance, compassion et joie que nous devons cultiver pour nous-mĂȘmes.
Je trouve cette conception du rapport Ă  soi-mĂȘme, Ă  l’existence et aux autres extrĂȘmement claire et libĂ©ratrice et c’est sans doute une des raisons du grand succĂšs du bouddhisme en occident, particuliĂšrement en France oĂč il est, je crois, le troisiĂšme courant spirituel en nombre de pratiquants, derriĂšre l’islam et le christianisme.

Plus frĂ©quents sont les moments oĂč nous sommes capables d’équanimitĂ©, d’accueillir sans affect, avec « lĂącher prise » et acceptation ce qui advient, tant nos perceptions que les Ă©vĂ©nements, plus nous pouvons affiner notre attention Ă  nous-mĂȘmes et aux autres, puisqu’elle n’est plus immĂ©diatement perturbĂ©e par les Ă©motions.
Il ne s’agit pas de les refuser, mais de rechercher ce point intĂ©rieur de stabilitĂ© oĂč se situer pour les voir, les ressentir sans se laisser emporter par elles. C’est en cela que le bouddhisme souligne que l’équanimitĂ© est la base nĂ©cessaire pour dĂ©velopper l’attention, dans la mĂ©ditation comme dans la vie quotidienne.

Cette facultĂ© d’observation va nous permettre peu Ă  peu de dĂ©couvrir des aspects totalement inconnus de notre fonctionnement, nos automatismes, nos blocages et nos rejets, mais aussi nos ressources insoupçonnĂ©es, et faciliter nos progrĂšs dans le changement et la vie spirituelle. En discernant les illusions que nous entretenons Ă  notre sujet et qui nous autorisent souvent Ă  nous sentir supĂ©rieurs Ă  l’autre et Ă  le juger, nous allons devenir plus humbles et enrichir notre comprĂ©hension des autres, les acceptants tels qu’ils sont avec plus d’empathie.

DĂ©velopper l’équanimitĂ© a Ă©galement de grands avantages au niveau de notre santĂ©, car en Ă©tant plus dĂ©tachĂ©s et plus tranquilles, nous « consommons » moins d’énergie et sommes moins fatigables. Notre sommeil sera de meilleure qualitĂ© et donc plus rĂ©parateur et nous aurons besoin de moins de temps pour rĂ©cupĂ©rer. Notre attention et notre qualitĂ© de prĂ©sence grandissant, nous serons plus efficaces tandis que notre mĂ©moire et notre capacitĂ© d’intuition s’amĂ©lioreront.

Dans notre sociĂ©tĂ© oĂč le bruit et l’agitation sont partout, progresser vers l’équanimitĂ© est donc Ă  la fois un chemin de plus grandes sagesse et facultĂ© Ă  s’accueillir et accueillir l’autre avec amour et une solution pour prĂ©server notre vitalitĂ© et multiplier nos possibilitĂ©s de rĂ©alisation personnelle.

16 août 2021 - © JérÎme Nathanaël - Extrait de "Le silence des heures"

-- Photo Birger Strahl --

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Vie spirituelle

Changer. Travailler sur soi. Se dĂ©velopper spirituellement. S’épanouir.

Ces expressions suggĂšrent la possibilitĂ© d’accueillir une Vie autre que notre condition prĂ©sente et que cette ouverture Ă  l’inconnu soit le moyen d’accĂ©der Ă  une existence plus vaste et plus captivante. En somme le bĂ©nĂ©fice espĂ©rĂ© d’un tel cheminement est de jouir d’un plus grand bonheur et c’est en effet le plus souvent la motivation qui pousse l’individu Ă  entreprendre cette dĂ©marche.

Plus largement, une observation attentive des comportements humains dans toutes les sociĂ©tĂ©s et cultures amĂšne Ă  conclure que, quelle que soit la forme que prend sa recherche, la dynamique qui pousse l’homme Ă  agir est celle de la quĂȘte du bonheur. Celui qui n'en trouve plus l’issue ou qui en perd l’espĂ©rance entre en "dĂ©pression", maladie qui peut mener au suicide.

De l’ermite qui se met Ă  l’écart, espĂ©rant se rapprocher de Dieu, au riche homme d’affaires qui multiplie les biens et les plaisirs et mĂȘme jusqu’au serial killer qui jouit d’infliger mort et souffrance pour croire y Ă©chapper, cette poursuite du bonheur prend des formes rĂ©solument diverses, parfois totalement aberrantes et incomprĂ©hensibles Ă  celui dont la rĂ©flexion est entravĂ©e par des prĂ©jugĂ©s culturels ou claniques ou par des rĂ©actions Ă©motionnelles trop vives.

Mais derriĂšre cette course Ă©perdue, l’homme souffre viscĂ©ralement de la mort qui l’attend. Il faut jouir toujours plus de la vie, chacun ayant une idĂ©e ou un ressenti confus de ce que peut ĂȘtre le bien-ĂȘtre pour lui, afin d'Ă©chapper quelques instants, le temps d’un battement d’ailes face aux milliards de milliards d’annĂ©es-lumiĂšre de l’univers, Ă  l’omniprĂ©sence de la mort.

Voilà la pierre d’angle sur laquelle se bñtissent les existences...

-- Et dans cette tension terrible Ă  conquĂ©rir la fĂ©licitĂ© face Ă  cette mort oĂč chacun sera seul, nous nous coalisons de maniĂšre grĂ©gaire et conformiste avec ceux qui ont le mĂȘme "remĂšde", mĂȘme mode de pensĂ©e ou mĂȘme mode de vie, mĂȘme façon de provoquer ce frĂ©missement intĂ©rieur qui nous fait sentir plus grand, comme si nous devions par le nombre vaincre la peur panique qui nous saisit quand nous sommes seuls devant le vide bĂ©ant de l’insupportable issue.
Et dans chaque coterie, une sommité trouve finalement à se distinguer par son verbe, sa prestance ou son statut et nous voilà séduits et rassurés d'avoir été favorisé d'une autorité à laquelle obéir comme incarnation de la Puissance et de la Vérité.
C’est ainsi que commencent les dominations et que meurent la libertĂ© et la pensĂ©e critique. Car les gĂ©nĂ©rations se succĂ©dant, nous finissons par ĂȘtre tellement habituĂ©s aux normes et systĂšmes mis en place par les notables successifs que, mĂȘme s'ils s'avĂšrent aller contre nos aspirations les plus profondes, nous les acceptons sans aucune rĂ©flexion comme des Ă©vidences qu’aucune autre alternative ne peut plus remettre en cause.

Si la peur de mourir devient plus pressante, Ă  cause d’une Ă©pidĂ©mie, d’une crise sociale importante, voire d’une guerre, nous sommes mĂȘme prĂȘts Ă  tous les renoncements, y compris Ă  nos "valeurs" les plus prĂ©cieuses.
Que les puissants fassent encore un peu s'amplifier la peur gĂ©nĂ©rale, grĂące Ă  la bonne parole relayĂ©e incessamment par les mĂ©dias de masse, cela suffira Ă  persuader les effrayĂ©s que les solutions imposĂ©es d'en haut sont "pour le salut du peuple" les seules possibles, et trĂšs vite les quelques esprits libres, qui oseront poser des questions ou proposer une alternative, se verront mis Ă  l’écart comme des lĂ©preux, accusĂ©s d'ĂȘtre des ennemis de la dĂ©mocratie et futurs grands coupables de la catastrophe, c’est-Ă -dire de la mort de tous les autres...

Ce rapport entre la peur viscĂ©rale de la mort et la soumission du plus grand nombre, au prix de leur libertĂ©, Ă  ceux qu'ils perçoivent comme des sauveurs, est une clĂ© fondamentale pour comprendre de nombreux comportements individuels et collectifs. Je ne fais ici que l’esquisser, car cela demanderait d’amples dĂ©veloppements incompatibles avec le format de ce journal de rĂ©flexions au fil de l’eau. --

Face à la mort terrible, jouissant tout au plus de quelques bonheurs et sécurités provisoires acquises à grand prix, pourquoi et comment le travail sur soi et le développement spirituel nous permettraient-ils une "existence plus vaste et plus captivante"? En quoi ce cheminement exigeant serait une meilleure alternative que le consumérisme effréné, le pouvoir sur les autres ou la domination intellectuelle, pour se réaliser dans ce monde et y trouver une compensation à la disparition finale ?

C'est la question légitime qui m'est souvent posée lors de discussions sur le sens de la vie. Il est d'abord nécessaire de préciser le sens de ces mots, car l'expérience montre à quel point les mots ne portent que l'idée qu'on en a acquise et l'expérience qu'on en a vécue, et, comme cela est différent pour chacun, cela complique énormément la clarté du débat et favorise les quiproquos.
Le plus souvent, dans l'empressement à vouloir persuader ou dans la résistance à se laisser influencer par l'autre, déjà classé selon son aspect, son "look" comme on dit maintenant, ou son ton, dans les personnes favorables ou défavorables qu'il est bon d'écouter ou de contrer, on ne cherche plus à comprendre, on entend sans écouter vraiment.
Écouter l'autre est un savoir-faire, qui se dĂ©veloppe plus on surveille ses propres rĂ©actions et impressions et plus on se dispose Ă  l'accueillir... Pour cela il faut aussi avoir longuement accueilli et observĂ© ce qui se passe en soi !

La vie spirituelle nous confronte à ce qui dépasse notre compréhension. C'est bien là le premier paradoxe et le premier écueil pour celui qui en choisit le chemin pour y trouver des réponses.
Quelle que soit la voie qu'il emprunte, qu'il trouve ses repĂšres initiaux dans les traditions religieuses ou dans le bric Ă  brac des nouveaux courants spirituels qui foisonnent depuis le milieu du vingtiĂšme siĂšcle, l'impĂ©trant se trouvera confrontĂ© Ă  des dimensions qui dĂ©passent largement la comprĂ©hension et la perception qu'il peut avoir de lui-mĂȘme et du monde. VoilĂ  sans doute la diffĂ©rence majeure avec ce qu'on appelle le dĂ©veloppement personnel, oĂč il s'agit justement de dĂ©velopper sa "personnalitĂ©", voire de se soigner, et d'aller mieux avec soi-mĂȘme, sans pour autant reconsidĂ©rer sa place et sa destinĂ©e au milieu de l'infini du vivant avec les consĂ©quences que cela peut avoir dans l'environnement social.

Quel que soit le "logiciel" de pensĂ©e adoptĂ©, le systĂšme de reprĂ©sentation choisi, suite Ă  la rencontre d'une personnalitĂ© Ă©clairante ou en raison de l'origine familiale, rentrer dans la vie spirituelle nous impose de laisser les questions ouvertes et d'accepter qu'Ă©voluent en permanence notre comprĂ©hension des textes et notre perception de nous-mĂȘme et des autres.
Celui qui s'arrĂȘte en chemin dans une posture dogmatique ou dans des pratiques revendiquĂ©es comme Ă©tant les seules valables tombe de vie spirituelle en religion.
J'entends par religion les systÚmes figés par lesquels des hommes, de bonne volonté sans doute, ont cru nécessaire d'organiser la foule des croyants et de leur tracer un chemin repérable. Je ne doute pas pour autant qu'il y ait dans chaque religion des hommes de bien et d'amour qui ont réussi à y préserver la vitalité de leur démarche spirituelle malgré les entraves du cadre religieux.
Je peux témoigner en avoir rencontré plus d'un dont j'ai beaucoup appris, dans le bouddhisme, l'hindouisme, le christianisme, le judaïsme et l'islam et d'autres courants plus minoritaires, comme je peux témoigner y avoir constaté que la plupart des coreligionnaires y ont abandonné la vie spirituelle pour retomber dans l'application routiniÚre de la doctrine, des obligations et des techniques, parfois sans plus de réflexion et de maniÚre toute identitaire, se transformant de vivants en porte-drapeau orgueilleux de leurs certitudes collectives.

La vie spirituelle, si elle laisse les questions ouvertes quand Ă  notre comprĂ©hension parfois mĂȘme de ce qu'on y expĂ©rimente, aiguise peu Ă  peu notre sensibilitĂ© face Ă  l'infinie merveille du Vivant. Elle nous incline Ă  l'humilitĂ© et Ă  la gratitude, elle nous tourne vers la simplicitĂ© tant elle apprend Ă  faire peu Ă  peu le tri entre nos automatismes de comportement, acquis par l'Ă©ducation et la culture, et les Ă©motions nouvelles qui nous traversent, comme un enfant qui s'Ă©veillerait Ă  nouveau et se mettrait Ă  rire. Peu Ă  peu le cƓur, engourdi par la violence du monde et la peur d'ĂȘtre blessĂ©, accepte d'ĂȘtre touchĂ© par une autre dimension, indĂ©finissable et douce, il se remet Ă  battre Ă  un tempo plus naturel et rĂ©apprend Ă  aimer.
Alors tout peut s'ouvrir, les portes du Royaume s'entrouvrent, libéré de la peur et de la colÚre qu'engendrent nos frustrations et nos attentes déçues, nous portons un regard plus généreux sur les autres, plus patient et plus attentif, nous commençons à voir l'immense souffrance de l'humanité, l'Amour devient peu à peu l'unique moteur pour avancer vers la Vie qui se dévoile.

Car il s'agit bien de cela, d'un changement progressif d'Ă©tat, nous nous dĂ©gageons peu Ă  peu de notre ego tellement tourmentĂ©, prĂ©dateur et vorace, pour laisser de la place au dĂ©veloppement d'une autre partie de nous-mĂȘmes, la partie connectĂ©e Ă  l'infini, la Part du Divin en nous, celle qui est finalement une poussiĂšre infime du Divin.

Certains parlent de la diffĂ©rence entre notre personnalitĂ©, du latin persona qui veut dire le masque, grĂące auquel les acteurs romains projetaient leur voix et donnaient vie Ă  leur rĂŽle, et notre essence, la part trĂšs intime qui prĂ©existe Ă  toute l'imprĂ©gnation de l'incarnation. La personnalitĂ© comprend tout l'acquis de l'expĂ©rience personnelle, le culturel, le comportemental, tout ce qui s'est engrangĂ© dans l'inconscient, et, comme c'est la part qui se dĂ©veloppe dans l'interaction avec le monde et qui peu Ă  peu prend plus d'importance, elle finit par nous voiler notre essence qui reste Ă  l'Ă©tat d'enfant non dĂ©veloppĂ© dans le meilleur des cas. Autrement dit notre personnalitĂ©, qui devrait ĂȘtre notre interface avec le monde, notre outil pour vivre ici-bas notre essence, devient plus forte que celle-ci au point de se prendre pour elle et notre essence se meure peu Ă  peu dans le carcan de la personnalitĂ©.

Dans la tradition juive, les sages d'IsraĂ«l parlent de la nĂ©cessitĂ© de pratiquer le "bitoul", l'effacement du moi, pour laisser place au Divin. Avant Pessah, la PĂąques juive, les familles orthodoxes veillent Ă  Ă©liminer de la maison toute trace de "hametz", toute miette de pain levĂ©, dont la pĂąte, faite de l'un des cinq types de cĂ©rĂ©ales (blĂ©, orge, avoine, seigle, Ă©peautre), a gonflĂ© par fermentation au contact de l'eau. Pendant huit jours, ils vont ne manger que des matsot, galettes de pain azyme qui rappellent que le peuple hĂ©breu est sorti prĂ©cipitamment d’Égypte, oĂč il Ă©tait maintenu dans l'esclavage, sans avoir le temps de faire lever sa pĂąte. Mais le sens profond signifie que, s'il Ă©tait restĂ© du pain levĂ© parmi les HĂ©breux, ici symbole de l'ego gonflĂ© par l'orgueil, D.ieu n'aurait pas pu libĂ©rer les hĂ©breux du double esclavage social et spirituel dans lequel ils Ă©taient en souffrance.

Ainsi notre ĂȘtre le plus intime, et qui nous est le moins connu, ne peut reprendre son dĂ©veloppement qu'Ă  condition que nous nettoyions nos Ă©curies d'Augias, encombrĂ©es de nos salissures depuis tant d'annĂ©es accumulĂ©es, -- comme l'indique symboliquement ce cinquiĂšme Ă©pisode des douze travaux d'Hercule, autre reprĂ©sentation symbolique du chemin spirituel, afin qu'il puisse trouver Ă  nouveau en nous un espace oĂč reprendre peu Ă  peu sa place.

A travers ce rĂ©veil de sa dimension spirituelle, l'individu en marche va peu Ă  peu se dĂ©couvrir travaillĂ© par une conscience qui lĂąche toujours plus prise avec le monde de l'extĂ©rioritĂ© et lui ouvre un espace de vie intĂ©rieure toujours plus riche. Quelque chose de tranquille et d'indĂ©finissable s'Ă©tablit et devient le point d'observation et de sĂ©rĂ©nitĂ© auquel il devient toujours plus facile d'accĂ©der. Cet endroit est un endroit touchĂ© par l'hors-du-temps, un endroit prĂ©servĂ© de la mort, c'est l'Ăąme qui se met Ă  grandir et se renforcer et qui devient comme la prĂ©sence de l'Ă©ternitĂ© en soi. Un endroit d'oĂč tout s'Ă©claircit et qui permet de voir le rĂ©el diffĂ©remment, avec les yeux de l'esprit et du cƓur.

Commencer Ă  atteindre cet Ă©tat oĂč la mort apparaĂźt comme un passage vers une autre vie pressentie, dĂ©jĂ  un peu vĂ©cue ici-bas, vaut toutes les richesses extĂ©rieures et bien plus. C'est pourquoi la vie spirituelle apparaĂźtra peu Ă  peu Ă  l'homme de demain comme l'horizon du bonheur ultime, la dimension Ă  partir de laquelle peut se construire la paix et la rĂ©conciliation avec soi-mĂȘme et avec tous les hommes.

Là est la Source de l'Amour Infini qu'avait retrouvé Yehoshua, Jésus de Nazareth, et dont le monde d'aujourd'hui a besoin plus que de toutes les politiques.

15 août 2021 - © JérÎme Nathanaël - Extrait de "Le silence des heures"

-- Photo Bady Abbas --

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Le silence des heures

Journal d'une retraite spirituelle en Normandie - août 2021

Dix jours de silence.
Dix jours oĂč ĂȘtre vraiment disponible Ă  la mĂ©ditation et Ă  la rĂ©flexion.
Dix jours loin de l'agitation sociale et du bruit permanent de la folie covidique.

Dix jours précieux grùce à l'hospitalité et la gentillesse des moines cisterciens de l'abbaye Notre-Dame de Grùce de Briquebec en Normandie et à la beauté du lieu.

J'y ai tenu un petit journal sans prĂ©tention, le Silence des heures oĂč j'ai notĂ© quelques-unes des pensĂ©es et Ă©motions qui m'ont traversĂ©es ici.
J'y ai beaucoup couru dans la campagne environnante et beaucoup chanté dans l'église.
J'ai aussi rencontré quelques belles personnes, je pense particuliÚrement à Bernadette, une dame de presque 90 ans, dynamique, souriante, à l'esprit vif et libre, dont la compagnie a été pour moi un bel exemple, à Nathalie et Jean-Luc, un couple d'une grande gentillesse et nous avons beaucoup ri ensemble, malgré les soucis qu'ils avaient de leur ami gravement malade.

Bien sĂ»r tout cela a Ă©tĂ© possible grĂące aux moines que je remercie du fond du cƓur pour leur accueil.
Merci à frÚre Jean-Luc l'hÎtelier pour les rires, la disponibilité et la bonne humeur ! au frÚre Pierre pour sa bonne cuisine et ses bonnes intentions quant à mon régime particulier ! au frÚre Mickaël pour le jardin et tous les délicieux légumes ! au pÚre Norbert pour les partages spirituels et son amour des psaumes en hébreu !
Et merci à tous les frÚres pour leurs chants aux offices des heures et le travail à tenir bon pour préserver ce lieu de ressourcement et de paix, ouvert à tous, chrétiens ou non !

→ Lire le Silence des heures.

Août 2021 - © JérÎme Nathanaël

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Rosh haShanah – le Nouvel An

Rosh HaShana, littĂ©ralement la tĂȘte de l’annĂ©e, symbolise dans la tradition juive, le Jour oĂč le PĂšre de l’Univers crĂ©a Adam Ă  son image et Ă  sa ressemblance (Bereshit (GenĂšse) 1, 27) et c’est pour chacun de nous l’occasion de rĂ©flĂ©chir sur le sens profond de notre humanitĂ© et sur la grandeur de notre responsabilitĂ©.

Cet Adam premier, les premiers habitants de la terre, Ă©tait dĂ©positaire de caractĂ©ristiques divines, comme l’individualitĂ©, la libertĂ©, les capacitĂ©s de crĂ©ation et d’amour, puisqu’il Ă©tait crĂ©Ă© Ă  l’image et Ă  la ressemblance de D.ieu, mais Ă  la mesure humaine, circonscrite dans l’espace et le temps.
Et le MaĂźtre du Monde Ă©tait avec lui en complĂ©mentaritĂ©, ainsi Il lui demande de nommer tous les ĂȘtres vivants, (Bereshit 2, 19-20), comme s’Il voulait signifier: “Moi D.ieu J’ai crĂ©Ă© ton monde mais c’est toi Adam qui donne le sens en donnant le Nom, car en insufflant dans la poussiĂšre de matiĂšre dont Je t’ai façonnĂ©, une haleine de Ma Vie (Bereshit 2, 7), Je t’ai donnĂ©, Ă  toi Adam, “trĂšs bon” aboutissement de Mon Oeuvre, (Bereshit 1, 31) une connaissance plĂ©niĂšre et spirituelle de la Vie sous toutes ses formes vivantes.”

C’est pourquoi Adam et Eve son Ă©pouse sont installĂ©s en Eden (Bereshit 2, 8), ce jardin de l’harmonie et de la Vie, pour “en cultiver le sol”, en faire jaillir toutes les potentialitĂ©s et le “garder”, le garder de la destruction et de la sĂ©cheresse (Bereshit 2, 15) comme on protĂšge et cultive un oasis oĂč coulent quatre bras d’un fleuve d’eau pure (Bereshit 2, 10-14). Imaginons un instant la puissance Ă©vocatrice de ce texte pour les nomades de l’Exode vivant au dĂ©sert ! Et comble de bonheur et de complicitĂ©, D.ieu et l’homme pouvaient alors se parler dans la fraĂźcheur du soir (Bereshit 3, 8-10) !

VoilĂ  ce que vient nous rappeler une fois par an, au dĂ©but d’un nouveau cycle de nos vies, la fĂȘte de Rosh HaShanah ! Et nous faire prendre conscience de l’immense diffĂ©rence entre le projet initial de la CrĂ©ation et son Ă©tat actuel de l’humanitĂ© !

Car malheureusement un soir D.ieu appela l’homme pour converser avec lui dans la fraĂźcheur du soir, comme deux amis ont coutume de le faire pour partager leurs joies et Il constata que l’homme avait prĂ©fĂ©rĂ©, par bĂȘtise, faiblesse, curiositĂ© ? affirmer sa libertĂ© d’expĂ©rimenter autre chose, en ingĂ©rant dans son corps, au plus profond de lui-mĂȘme, la “connaissance du bien et du mal” (Bereshit 3, 6-7) pour “discerner”, pour vouloir connaĂźtre Ă  la mesure du CrĂ©ateur en s’instaurant dieu lui-mĂȘme.
Son petit ego orgueilleux avait pris la grosse tĂȘte d’avoir tant d’amour et de pouvoir en partage avec son CrĂ©ateur
 Grosse tĂȘte qu’il n’allait pas tarder Ă  cogner contre celle des autres, pour voir laquelle Ă©tait la plus dure, quelles tĂȘtes fortes pourraient dominer ou exploiter quelles tĂȘtes faibles !

La suite, plusieurs millĂ©naires plus tard, vous connaissez : souffrances, maladies, mort, injustices, violences, meurtres, guerres, domination de l’homme par l’homme, destruction de la nature ou plus simplement mensonges, trahisons, vols, etc


Et quelques pansements bien sympathiques Ă  toute cette souffrance mais combien dĂ©risoires : un peu de justice humaine ou son simulacre distillĂ©e par les systĂšmes de fer qui se disent solidaires et soucieux de l’avenir de nos sociĂ©tĂ©s et de notre planĂšte, mais ne sont que des luttes incessantes entre des Ă©conomies concurrentes qui exploitent l’homme et la nature au nom du marchĂ© censĂ© ĂȘtre le bien commun

Et la religion, la mĂ©decine et les thĂ©rapeutes, les artistes pour essayer de calmer le jeu tout en Ă©tant plus ou moins complices consciemment ou non de la guerre incessante des egos, plus ou moins gonflĂ©s selon qu’ils ont le sentiment de savoir ou non, d’avoir du talent ou non, chacun continuant Ă  brandir son drapeau comme l’étendard d’une cause Ă  dĂ©fendre


VoilĂ  comment les humains ont Ă©voluĂ©s et transformĂ© en enfer la merveille qui leur fut jadis confiĂ©, rĂ©duisant au passage leur condition commune aux possibilitĂ©s divines en une multitude d’ĂȘtres qui au seuil de la mort se rendent souvent compte qu’ils sont passĂ©s Ă  cĂŽtĂ© de la Vie, de la Vie Une et indivisible, en courant uniquement aprĂšs l’affirmation de leur puissance personnelle...

Ainsi, de mĂȘme que Rosh HaShana se veut le rappel de la CrĂ©ation et du sens de l’HumanitĂ©, toute l’humanitĂ©, il n’y a qu’une seule cause commune pour une seule humanitĂ© : reprendre la direction du projet initial d’harmonie spirituelle, utiliser notre tĂȘte, notre Rosh, pour comprendre la nĂ©cessitĂ© urgente de changer notre mode de pensĂ©e et prendre le chemin d’une longue mais nĂ©cessaire reconstruction du monde dans la voie du Bien.

RĂ©veiller cette humble intelligence spirituelle qui nous fait prendre conscience que nous sommes tous liĂ©s et que pour nous relier au divin il nous faut d’abord rĂ©apprendre Ă  nous lier Ă  l’autre par la crĂ©ation d’une harmonie commune, fondĂ©e sur l’amour fraternel, la complĂ©mentaritĂ©, la recherche de la paix et de la beautĂ©, tout ce dont Adam pouvait jouir naturellement dans l’harmonie initiale.

Bonne fĂȘte de Rosh haShana Ă  tous.

25 aoĂ»t 2021 – © JĂ©rĂŽme NathanaĂ«l

Initialement publié ici : https://wordsmith.social/fetes-juives/rosh-hashanah

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La pensée libertaire, une alternative urgente !

Nous avançons à grand pas vers des sociétés de plus en plus liberticides, et ce mouvement s'est particuliÚrement accéléré depuis le début de la "crise sanitaire" liée au #Covid 19.
En France l'élection présidentielle en mai 2017 a marqué un tournant significatif et les décisions du président #Macron20h annoncées hier relatives à l'extension du #PassSanitaire pour accéder à de nombreux lieux de la vie quotidienne marque une étape supplémentaire dans le durcissement de cette tendance.
Cette stratégie va engendrer une ségrégation entre les français et elle est une forme de chantage au vaccin particuliÚrement odieux : vous voulez vivre, vaccinez-vous ou je vous quasi enferme chez vous, souhait que je retrouve du cÎté de certains pro-vaccins hystérisés soit dans la peur, soit dans la haine... et dont les bottes me paraissent de plus en plus bruyantes...
Comme toujours aucune attention n'est accordée par le pouvoir et ses nombreux affidés aux alertes lancées par des milliers de médecins et de scientifiques dans le monde sur le taux, beaucoup plus élevé que pour tous les vaccins précédents, de décÚs et d'effets secondaires graves. Alors qu'il y a des moyens de soigner sans ce taux de risque, et je renvoie par exemple aux 680 décÚs par million d'habitants du Sénégal qui a appliqué depuis le début le protocole Raoult quand nous en sommes à 15 OOO décÚs par million en France !

Encore frappĂ© par la violence du jusqu'au boutisme de notre NĂ©ron national, je dĂ©couvre ce matin avec bonheur ce texte Qu'est-ce qu'ĂȘtre libertaire ? qui me semble bien rĂ©sumer les idĂ©es majeures qui dĂ©finissent la pensĂ©e libertaire dans sa dimension politique. IdĂ©es que je partage pour l'essentiel car je suis persuadĂ© que seule une sociĂ©tĂ© sans pouvoir coercitif sera un champ d'expĂ©rience oĂč dĂ©velopper la capacitĂ© de l'ĂȘtre humain Ă  se sentir responsable autant de son propre bonheur que de celui des autres, de tous les autres... et Ă  faire Ă  terme reculer violences, dominations, injustices, guerres et bien des maux favorisĂ©s par les modĂšles de gestion pyramidale de la sociĂ©tĂ© auxquels nous sommes tellement habituĂ©s que nous n'osons mĂȘme plus les remettre en cause, mĂȘme en pensĂ©e.

J'ajouterais juste que la rĂ©alisation d'un tel projet n'est utopique que si on en espĂšre la concrĂ©tisation uniquement par des moyens politiques. Je crois fermement par contre que le rĂ©veil de la dimension spirituelle en l'homme rendra l’avĂšnement d'une sociĂ©tĂ© de libertĂ©, de paix et de justice possible. Il ne suffit pas d'obĂ©ir Ă  des rites ou des prescriptions religieuses ou de dĂ©velopper un mode de pensĂ©e positif plus ouvert, mais bien d'abord d'engager un travail quotidien sur soi pour dĂ©velopper sa capacitĂ© Ă  aimer son prochain, c'est-Ă -dire en recherchant plus ce qui peut nous relier Ă  lui, que ce qui nous en Ă©loigne...
C'est dans notre volonté à faire la paix les uns avec les autres en retrouvant notre dignité humaine réelle que nous hùterons la venue d'une société meilleure et inventerons collectivement des solutions aux défis majeurs auxquels notre époque est confrontée. Gandhi disait : "Soit le changement que tu veux voir dans le monde." Et par la non-violence aimante, la patience et la constance, il a réussi à entraßner le peuple avec lui et à libérer l'Inde du joug colonial anglais.

Quand nous constatons les tensions et incompréhensions qui s'accumulent entre le peuple et le pouvoir, entre les différents groupes sociaux, politiques, scientifiques, culturels, etc... il y a vraiment urgence à réagir avec intelligence, bienveillance et espérance.

13 juillet 2021 – © JĂ©rĂŽme NathanaĂ«l

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Valeur de l'humilité

ŚœÖŽŚ€Ö°Ś Ö”Ś™ÖŸ Ś©Ö¶ŚÖ­Ś‘Ö¶Śš Ś™ÖŽŚ’Ö°Ś‘Ö·ÖŒÖŁŚ”ÖŒ ŚœÖ”Ś‘ÖŸ ŚÖŽÖ‘Ś™Ś©Ś Ś•Ö°ŚœÖŽŚ€Ö°Ś Ö”֖Ś™ Ś›ÖžŚ‘ÖŁŚ•Ö覓 ŚąÖČŚ ÖžŚ•ÖžÖœŚ”

Avant la ruine, le coeur de l'homme s'élÚve, mais l'humilité précÚde l'honneur.

Proverbes de Salomon 18, 12

#humilite #honneur


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Pour étouffer par avance toute révolte

« Pour Ă©touffer par avance toute rĂ©volte, il ne faut pas s’y prendre de maniĂšre violente. Les mĂ©thodes du genre de celles d’Hitler sont dĂ©passĂ©es. Il suffit de crĂ©er un conditionnement collectif si puissant que l’idĂ©e mĂȘme de rĂ©volte ne viendra mĂȘme plus Ă  l’esprit des hommes.
L’idĂ©al serait de formater les individus dĂšs la naissance en limitant leurs aptitudes biologiques innĂ©es. Ensuite, on poursuivrait le conditionnement en rĂ©duisant de maniĂšre drastique l’éducation, pour la ramener Ă  une forme d’insertion professionnelle. Un individu inculte n’a qu’un horizon de pensĂ©e limitĂ© et plus sa pensĂ©e est bornĂ©e Ă  des prĂ©occupations mĂ©diocres, moins il peut se rĂ©volter. Il faut faire en sorte que l’accĂšs au savoir devienne de plus en plus difficile et Ă©litiste. Que le fossĂ© se creuse entre le peuple et la science, que l’information destinĂ©e au grand public soit anesthĂ©siĂ©e de tout contenu Ă  caractĂšre subversif.
Surtout pas de philosophie. LĂ  encore, il faut user de persuasion et non de violence directe : on diffusera massivement, via la tĂ©lĂ©vision, des divertissements flattant toujours l’émotionnel ou l’instinctif. On occupera les esprits avec ce qui est futile et ludique. Il est bon, dans un bavardage et une musique incessante, d’empĂȘcher l’esprit de penser. On mettra la sexualitĂ© au premier rang des intĂ©rĂȘts humains. Comme tranquillisant social, il n’y a rien de mieux.
En gĂ©nĂ©ral, on fera en sorte de bannir le sĂ©rieux de l’existence, de tourner en dĂ©rision tout ce qui a une valeur Ă©levĂ©e, d’entretenir une constante apologie de la lĂ©gĂšretĂ© ; de sorte que l’euphorie de la publicitĂ© devienne le standard du bonheur humain et le modĂšle de la libertĂ©. Le conditionnement produira ainsi de lui-mĂȘme une telle intĂ©gration, que la seule peur – qu’il faudra entretenir – sera celle d’ĂȘtre exclus du systĂšme et donc de ne plus pouvoir accĂ©der aux conditions nĂ©cessaires au bonheur.
L’homme de masse, ainsi produit, doit ĂȘtre traitĂ© comme ce qu’il est : un veau, et il doit ĂȘtre surveillĂ© comme doit l’ĂȘtre un troupeau. Tout ce qui permet d’endormir sa luciditĂ© est bon socialement, ce qui menacerait de l’éveiller doit ĂȘtre ridiculisĂ©, Ă©touffĂ©, combattu. Toute doctrine mettant en cause le systĂšme doit d’abord ĂȘtre dĂ©signĂ©e comme subversive et terroriste et ceux qui la soutiennent devront ensuite ĂȘtre traitĂ©s comme tels. »

GĂŒnther Anders, "L’Obsolescence de l’homme", 1956

#conditionnement #formatage #systeme #domination


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Elie Wiesel 5 ans déjà

Il y a 5 ans, le 2 juillet 2016, Elie Wiesel, grand témoin, humaniste, écrivain, partait dans les étoiles... Zakhor, souviens-toi... je me souviens de ma grande émotion quand j'ai découvert en 1980 - il y a bien longtemps - son roman "le Mendiant de Jérusalem"...

" Si la vĂ©ritĂ© mĂšne Ă  la dĂ©mence et si le mensonge y conduit aussi, que nous reste-t-il Ă  faire ? Et comment Dieu se justifie-t-il Ă  ses propres yeux ? Si le rĂ©el et l'imaginaire aboutissent au mĂȘme cri, au mĂȘme rire, quel est le but, l'enjeu de la crĂ©ation ? Quel rĂŽle l'homme est-il appelĂ© Ă  jouer durant son mystĂ©rieux passage sur terre ?"

Ces paroles, mises par Wiesel dans la bouche d'un jeune homme malade qu'il visite, me transpercent encore aujourd'hui comme hier.
Devant l'abrutissement d'une société de plus en plus réduite à un projet de survie biologique sous surveillance d'état, trÚs proche des dystopties que sont 1984 d'Orwell ou le Meilleur des mondes d'Huxley, ce questionnement fondamental, de nature à nous mettre en marche dans une exigence de sens et d'intériorité, me paraßt de plus en plus urgent.


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Quand les hommes ne joueront plus aucun rĂŽle

S’il se passe de terribles choses entre nous, cela ne tient ni Ă  notre nature, ni Ă  notre ĂȘtre, ni Ă  notre espĂšce. La faute de ce qui se passe entre nous vient de ce que nous ne tenons pas ce que nous promettons ; que nous ne sommes pas ce que pourtant nous sommes. Les choses iront mieux quand les hommes ne joueront plus aucun rĂŽle ; quand ils se comporteront les uns envers les autres, c’est-Ă -dire quand ils ordonneront leurs relations entre eux, tels qu’ils sont en vĂ©ritĂ©.

Aujourd’hui, les habits que nous endossons se livrent un combat Ă  mort, mais ce sont les hommes vivants qui en reçoivent les blessures dans le corps et dans l’ñme. L’uniforme militaire et la blouse de travail sont aujourd’hui les dirigeants de la vie ; la chair qui s’y trouve est comme l’automate mĂ©canique et obĂ©issant.

RĂ©tablissez l’ordre de la nature ; comprenez bien le mot du sage Socrate : connais-toi toi-mĂȘme ! Connais-toi toi-mĂȘme, tel que tu es vraiment, derriĂšre la dĂ©froque que tu endosses, et n’agis point selon les lois de la dĂ©froque, mais selon l’ĂȘtre des hommes. Connais-toi toi-mĂȘme, et reconnais ton prochain et ton semblable dans celui qui se tient devant toi. Reconnais-le derriĂšre le masque dont il est affublĂ© tout comme toi.
Nous sommes tous ensemble des corps nus d’ĂȘtres humains, et nous nous laissons dĂ©chirer les entrailles et empoisonner jusqu’à la moelle par les tuniques de Nessus dont nous enveloppe cette odieuse sociĂ©tĂ© de mascarade que personne ne veut ĂȘtre et que pourtant nous sommes tous.

Gustav Landauer libertaire allemand 1870-1919

#verite #seconnaitre #semblable

Photo Chang Duong https://unsplash.com/@iamchang


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Notre représentation du monde peut nous gouverner jusqu'à nous rendre aveugles

L'expérience vécue, la connaissance intellectuelle, marquent leur empreinte sur notre appareil à percevoir le monde, au point d'en bouleverser le monde perçu.
Notre représentation intellectuelle du monde peut nous gouverner jusqu'à nous rendre aveugles à tout ce qui n'est pas compris dans cette représentation.

Boris Cyrulnik

#défi #représentation

Photo Cassiano Psomas https://unsplash.com/@psomas


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Histoire d'Ăąme et de vaisselle

Un élÚve de Rabbi Schmelke de Nikolsbourg insistait pour qu'il lui indiquùt comment préparer son ùme à servir Dieu. Il l'envoya chez un de ses disciples, Rabbi Abraham Haïm, qui tenait une auberge.

L'élÚve y demeura plusieurs semaines, sans remarquer quoi que ce soit touchant à la sainteté de son hÎte, qui s'activait à son travail de la priÚre du matin jusqu'à la nuit tombée.

Il finit par lui demander ce qu'il accomplissait en ce sens durant sa journée. "Le principal, lui répondit Rabbi Abraham, c'est de bien laver ma vaisselle, pour qu'elle soit parfaitement propre et pure de tout relief, et de bien frotter et essuyer les casserolles afin que la rouille ne s'y mette point."

A son retour, l'élÚve rapporta tout cela à Rabbi Schmelke, qui lui dit : "Et à présent, ce que tu souhaitais savoir, tu le sais !"

Martin Buber

#Ăąme #servir #vaisselle #hassidisme

Photo Debby Hudson https://unsplash.com/@hudsoncrafted


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Devant la tente vide

devant la tente vide
pour le festin du sable :
tu ne commandes pas,
tu délivres le souffle.

Parfois Dieu rit
quand il est ivre --
Ă©mergence du cri !

Jacob dés le matin
a serré dans sa paume
le talon d'EsaĂŒ.

La main est au début
le talon Ă  la fin :
du talon Ă  la main

juste le temps de vivre !

Jacob mĂ©dite, EsaĂŒ chasse,
l'un chante, et l'autre assomme :
en somme

rien de neuf ne se passe
dans l'histoire de l'homme.

Paris Babel AthĂšnes Rome --
Ă  tatons, sans un bruit,
Jacob suit la trace

le pied sanglant d'Edom.

Claude Vigée

Photo Rowan Simpson https://unsplash.com/@nzrhan


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