L'entêtement du témoin

J'ai souvent l'impression d'habiter deux espaces qui s'excluent mutuellement : celui du ciel ouvert et gorgé de lumière, et celui de la terre, merveille sans cesse souillée par la démence des hommes. Et moi, suspendu entre les deux, comme ce "feu, fils du ciel par le corps de la terre" dont parle le Rig Veda.

Quand je me suis promené ce matin dans le parc près de chez moi, la neige qui recouvrait le sol semblait tenter de masquer les salissures du monde. Le monde rêvé, espéré, imaginé — celui que nous sommes de plus en plus nombreux à porter en nous et qui cherche à déborder au-dehors, comme une urgence vitale à sauver la vie — résonnait en moi avec ce blanc immaculé. C'était comme un appel à me maintenir debout, dressé au milieu du monde tel un témoin, clamant qu'autre chose demeure possible : des sociétés édifiées sur la liberté, l'amour, la paix et la justice, par des humains enfin dignes de leur nom.

En cette année 2026, je m'engage à continuer, inlassablement, à porter témoignage, avec l'entêtement de l'eau qui érode, vague après vague, micron par micron, les murs de la citadelle obscure, jusqu'à l'incroyable victoire qui viendra demain...

© Jérôme Nathanaël - 06 janvier 2026

Parc enneigé au nord de Paris

Photo Jérôme Nathanaël.


© Jérôme Nathanaël | ISSN 2800-6151
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